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Le 13 novembre 2016, je n’ai  pas eu envie de parler de tout et de rien comme j’ai l’habitude de le faire dans la vraie vie ou en ligne,  et au départ, pas envie de raconter « comme tout le monde » mon 13 novembre 2015.

La journée passant « comme tout le monde » j’ai senti qu’il fallait que ça sorte. Alors j’ai décrit vers la fin de la journée d’abord « mon » 13 novembre sur Facebook, pour un cercle plutôt restreint d’amis plus ou moins proches. Certains connaissaient déjà l’histoire, d’autres non.

Visiblement ce post a touché des gens. J’ai alors demandé si je devais en faire un billet sur le blog, on m’a répondu positivement.

Je ne voulais surtout pas faire de racolage sur ce sujet, c’est pourquoi j’ai choisi de le publier en décalage quelques jours après, plus loin de l’actualité immédiate. Pour le respect des victimes et pour leur laisser toute l’attention qu’elles méritent.

Car, en préambule, mon cas n’est pas grave.  Pas grave du tout.

Je n’ai pas vécu l’horreur, pas perdu de proches.

En revanche,  j’ai plongé directement dans le traumatisme général et le  noir pendant quelques heures « comme tout le monde ». Nous avons tous sombré dans un gouffre sombre de peur et d’indescriptible tristesse avant que la vie ne reprenne son cours, heureusement.

Le 12 novembre au soir, je m’étais couchée tôt, très tôt, avant que les premières infos ne commencent à tomber, pour aller le lendemain matin avec Marie-Amelie, l’éleveuse de ma norvégienne.

Nous devions faire une exposition féline avec Lulubelle, parce qu’elle voulait avoir un avis professionnel sur notre bestiole en particulier et son élevage en général .

J’avais dit « banco » par curiosité.  Etant donné que nous devions être à 7 h sur place, je me réveille vers 5 h du matin après une nuit au sommeil peut-être prémonitoirement agité.

Comme d’habitude, je fais couler mon café, et « comme tout le monde » j’allume mon portable.

Et là je vois s’afficher des SMS, des messages Facebook, des mentions disant « où es-tu ? » « rappelle-moi ».

A moitié réveillée, je me demande quand même pourquoi tant de gens me questionnent sur ma localisation et demandent à ce que je les rappelle.

Puis, dans la liste des SMS, j’en vois un de mon fils qui dit « maman, rappelle-moi vite » .

Habituée à ses étourderies diverses, je grommelle intérieurement « mais qu’est-ce qu’il a encore fait ce petit con, il a du oublier sa clé, il va attendre dehors, ça lui fera les pieds ».

Puis je vois le security check Facebook et re-grommelle intérieurement « j’en ai marre de ces jeux  sur Facebook, il faut vraiment que je pense à bloquer toutes ces applications à la noix ».

Après cinq minutes et quelques gorgées de café je me dis quand même qu’il y a un truc qui cloche. Je regarde finalement un site d’info et découvre a posteriori l’horreur de la nuit.

Ma première pensée a été pour mon fils évidemment, j’ai arrêté de vivre pendant les quelques minutes que j’ai mis à le joindre. Heureusement, il était en bonne santé, il dinait chez des amis en face de la Belle Equipe, un des bars touchés par les attentats.

Son hôtesse étant secouriste, elle est descendue prêter main forte au premiers secours, il a vu une partie de l’horreur, il était choqué mais terriblement fort et résilient.  J’ai couru ensuite dans la chambre de mon autre fils juste pour être certaine qu’il était rentré. Comme une maman de tout-petit, je l’ai regardé dormir, les larmes aux yeux, en répétant à je ne sais qui « merci, merci, merci ».

Mon second geste a été de tenter d’entrer en contact avec les gens, même s’ils n’étaient pas proches, dont je savais qu’ils se trouvaient probablement au Bataclan ou dans les quartiers touchés par les tueries. Chaque fois qu’un d’entre eux me répondait je répétais ce même « merci, merci, merci » comme un mantra.

Je les ai tous retrouvés vivants et entiers. Certains très choqués, surtout ceux qui étaient dans le Bataclan  évidemment, ou près des bars touchés, ou dans les quartiers bouclés et qui avaient dû  passer la nuit à attendre enfermés dans des endroits peu confortables, voir confinés sans savoir ce qui se passait dehors.

Malheureusement tout le monde n’a pas eu cette chance

J’ai ensuite répondu à tous ceux qui cherchaient à me joindre. J’ai répondu inlassablement « je vais bien, je vais bien, et toi ? » « merci, merci, merci »

Après il y eu des larmes, des câlins, des larmes, des recherches qui n’aboutissaient pas, des noms que je ne connaissais pas, une liste qui s’allongeait, des larmes encore et encore et la vie qui devait reprendre. Sortir. Dehors. Se tenir debout. Repartir, recommencer, sans eux.

Affreusement, Paris est tout petit.

Affreusement on connaissait tous quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui…

J’ai pris conscience ce matin là que je pouvais baisser la garde. Que je pouvais aimer des gens et me laisser aimer par des gens.

Que tout était trop court et tellement éphémère pour gâcher sa vie à tenter de se protéger de je ne sais quoi émotionnellement parlant. Ou pour se laisser polluer par des contraintes inutiles.

Que la meilleure réponse était de continuer à vivre le plus fort possible

Une bien terrible cause pour un si petit, si petit résultat.

Néanmoins, je suis aujourd’hui là, vous êtes là, c’est le principal.

Merci merci merci.

(photo d’en tête perso, le bar le Carillon vu du restaurant le Petit Cambodge, deux des endroits touchés parmi d’autres le 13 novembre 2015)

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