Humeurs et humour
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Miroir, mon beau miroir

Ou le Narcissimse moderne.

Avec les vrais gens dans la vraie vie (et pas des petits carrés en ligne) nous avons en ce moment des conversations assez récurrentes sur nos rapports aux réseaux sociaux.

De ces conversations conviviales ressortent que oui, pour la plupart, nous sommes assez addicts. Mais non, pour la plupart d’entre nous, nous trichons assez peu sur ce que nous renvoyons en ligne.

C’est juste une version parfois légèrement améliorée de notre vraie vie. Nous sommes humains, nous voulons montrer à tous le meilleur de nous-mêmes et pas forcément la copie d’un rejeton hybride de Picasso et de Freddy-les-griffes-de-la-nuit qu’est notre tête au saut du lit.

Ou montrer aussi que nos vacances sont idéales, alors qu’on a perdu notre valise qu’on s’est tapé 3 jours de pluie et 2 jours de tourista pour faire rager nos collègues de bureau qui eux planchent sur le rapport Martin à rendre pour hier.

Nous faisions somme toute la même chose avec nos cartes postales et nos photos de vacances avant.

Mais cette version légèrement améliorée de nous-même exposée à tous et au monde entier peut conduire à une légère distorsion de la réalité.

Par exemple on m’a dit récemment « tu passes ton temps à sortir ». Faux, il y a plein de moments où je ne fais rien ou des choses extrêmement banales et ennuyeuses comme tout le monde, comme le ménage ou regarder un film et je n’ai pas forcément envie de live-tweeter mes impressions à la terre entière. Evidemment, comme je sors quand même régulièrement, un empilement de photos de sorties sans chronologie précise dans mon fil en ligne peut donner la (fausse) impression que je passe ma vie à bambocher ou a danser le pogo dans des concerts.

Pire. En croisant toutes les actualités des personnes que l’on suit plus ou moins on peut avoir l’impression que la terre entière s’amuse dans des soirées sur des plages lointaines et exotiques… Alors que toi tu es coincée sous la pluie dans ta ville.

Cette impression peut mener quelqu’un dont le mental n’est pas en grande forme à remettre sa vie en question dans un tourbillon de pensées négatives du style « mais j’ai une vie de merde, pourquoi les autres et pas moi ».

Je sais de quoi je parle, ça m’est arrivé. Depuis j’ai appris à décoder les images.

J’ai aussi appris une leçon majeure : les gens vraiment heureux ont peu ou pas besoin d’étaler leur bonheur à la terre entière et à ses environs. L’équation  plus on est en ligne = plus on s’ennuie est parfois (pas toujours) vraie. Et j’ai une vraie suspicion désormais pour les gens qui étalent leur bonheur, leur famille idéale, leur vacances parfaites, leur silhouette zéro défaut en maillot et leurs soirées d’enfer à tous les vents.

Ceci peut mener certains cas extrêmes de (quelques) personnes à mettre en scène entièrement leur vie en fonction de l’image qu’il vont renvoyer vers les réseaux sociaux.

Je sais de quoi je parle aussi, j’en ai rencontré quelques-uns. Des gens follement heureux en ligne qui sont d’une tristesse à mourir dans la vraie vie, des personnes irrésistiblement drôles, sarcastiques ou percutantes sur internet qui disparaissent derrière le papier peint quand on les rencontre. Des soirées de folie en photo où tu as juste envie de partir au plus vite tellement c’est ennuyeux quand tu y es pour de vrai.

Pire. Des sublimes créatures sur papier glacé qui ne ressemblent à rien ou à pas grand chose quand on les croise. Des comptes Instagram entièrement remplis de selfies. Même pas de photo prise par un autre humain. Rien que des selfies.

Effrayant de narcissisme solitaire.

Des gens, bref, qui passent leur vie à tenter de faire croire… Qu’ils ont une vie. Alors qu’ils passent des heures à trouver le bon angle pour photographier leur assiette d’entrée au restaurant.

Et à retoucher la photo après coup.

Pour finir par manger des chips tous seuls devant la télé.

Le concept a été illustré récemment par une petite vidéo rigolote que j’ai montré à pas mal de monde sur comment certaines personnes utilisent Instagram. C’est un peu exagéré mais …. Pas tant que ça quand on y réfléchit bien et qu’on connait un peu le « milieu » des réseaux sociaux et d’internet.

Un article très intéressant lu récemment  sur la perception de Facebook  résume un peu ce qui précède. Les gens avoue y mentir « un peu » selon une étude sur l’utilisation du réseau. Ce qui n’est globalement pas très grave, comme je le disais plus haut, tout le monde le fait. L’opinion du sociologue Stéphane Hugon, qui commente cette étude et ses résultats est la suivante (je retranscris)

« La vérité d’Internet n’est en réalité ni vraie ni fausse. Les réseaux sociaux offrent des espaces de fiction et tout le monde accepte ces règles du jeu. »

Comment s’est construit cet accord tacite ? « La dynamique des réseaux sociaux est avant tout de tromper l’ennui. Ce sont des mensonges bienveillants qui créent ce qu’on peut appeler des utopies interstitielles : nous avons abandonné les vraies et grandes utopies (les combats sociaux par exemple) pour se créer des petits espaces, des refuges qui redonnent, par ces stratégies de fiction, de la passion à une société qui en manque. »

Redonnons donc la passion à nos moments d’ennui. C’est joli comme projet. J’y adhère totalement.

En revanche attention au choc des photos ou des mots en ligne. Ne vous laissez pas avoir. Ils sont parfois trompeurs, ce sont juste des tous petits instants figés. Personne n’a une vie parfaite 24 h/24 h 365 jours par an.

(Evidemment pour m’auto-contredire j’ai mis en en-tête un magnifique selfie fait par moi-même avec aucun être humain aux alentours dans un moment d’ennui).

L’intégralité de l’article sur Facebook est ici 

3 commentaires

  1. Je plussoie, énormément. Ton billet rejoint finalement le « pour vivre heureux, vivons cachés ». Je suis plutôt connectée pour ma part même si je m’en détache aujourd’hui plus souvent, notamment parce que je ne comprends plus certains comptes remplis effectivement de selfies ou autre « c’est qui qu’a la plus grosse ». Vive la vraie vie.

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    • Je pense que c’est une question de mesure. Les réseaux sociaux et internet c’est aussi une source de fun. A condition de ne pas passer sa vie dedans effectivement et d’éviter les pièges. Non, un « ami » Facebook qui te quitte ce n’est pas un drame, oui, tu as le droit de retoucher un peu tes photos comme tout le monde. Quand à t’inventer une vie ou un personnage complètement différent de toi en ligne, ça c’est un autre problème.

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  2. Je plussoie et ça me fait aussi penser aux gens qui nous posent bcp de questions sur notre vie pour s’assurer que la leur est mieux ou au moins pas moins intéressante, et qui quelquefois sont contents de dire moi… en expliquant combien leur situation est plus enviable, ou au contraire combien ils sont lésés par rapport à nous et quel point c’est injuste.
    Il y a ceux qui montre leur belle assiette et ceux qui regardent jalousement « dans l’assiette du voisin », toujours ce besoin de comparer ah là là !!!

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