Non classé
Laisser un commentaire

Où étiez-vous ?

Lettre ouverte aux 17 ex-ministres ayant signé l’appel contre le harcèlement.

Mesdames, bonjour.

Restons polies.

Nous en général et je en particulier avons apprécié votre solidarité toutes tendances confondues à vouloir signer un appel contre le harcèlement sexuel en politique et plus largement dans tous les lieux professionnels et publics.

C’est une bonne chose que des femmes publiques, élues, ex-ministres qui ont une voix et des responsabilités officielles s’en servent pour porter sur le devant de la scène un problème qui concerne toutes les femmes de tous âges et de toutes conditions, jour après jour, à chaque instant les obligeant à se méfier de leur environnement, voire à en avoir peur.

Ceci dit.

Où étiez-vous ? Pendant toutes ces années où vous avez effectivement exercé des fonctions officielles on ne vous a guère entendues à quelques exceptions près.

Ou étiez-vous pendant que vos collègues se faisaient siffler, tripoter, courser autour des bureaux, traiter de noms d’oiseaux ou de poules ?

Vous saviez, forcément vous saviez, puisque tout le monde admet du bout des lèvres que les harceleurs sont connus de tous. Qu’avez-vous fait ? Rien ou pas grand-chose.

Avez-vous une fois, au moins une fois, rembarré publiquement à l’assemblée nationale ou à la sortie du conseil des ministres un collègue masculin qui vous chuchotait « plus courte la jupe, c’est mieux » ? Pas vraiment.

Et encore vos collègues ont plus ou moins les moyens de se défendre (quoique), que dire des assistantes parlementaires ou personnel féminin gravitant autour des responsables politiques qui, elles, se voient contraintes au silence par peur de leur hiérarchie.

On tremble rétrospectivement pour elles.

Ce que vous dénoncez, Mesdames, nous le vivons tous les jours et nous n’avons pas de voix pour nous défendre. Ce n’est pas nouveau, ça fait des années, des siècles que ça dure. Certains hommes estimant que les femmes à partir du moment où elles sont un peu décolletées ou en jupe affichent un consentement implicite à se faire lutiner n’importe où.

Nous sommes obligées de lutter avec nos propres moyens pour tenter de calmer les hormones de ces messieurs.

C’est bien beau de signer des appels après coup. En l’occurrence après l’affaire Baupin.

Le vrai courage, et votre devoir en tant que modèles et élues aurait été de le faire avant.

Celles qui ont signé le manifeste des 343 salopes en 1971 pour appuyer le projet de loi légalisant l’avortement ont eu autrement plus de cran. La loi n’était pas encore votée, elles risquaient tout simplement des poursuites pénales.

Votre geste quoique nécessaire est bien tardif et ressemble plus à de la récupération qu’à un vrai manifeste. Le « nous ne voulons plus nous taire » n’est pas acceptable. Je conçois la honte des victimes, je la comprend, je l’ai partagée. Cette honte qui même en tant que victimes nous fait sentir coupables : « je n’aurais pas du m’habiller comme ça, je n’aurais pas du dire ce que j’ai dit, je n’aurais pas du…. »

Je conçois aussi la difficulté d’être une femme plus ou moins isolée dans un milieu d’hommes et qui « n’ose » pas. Parce que c’est difficile de lutter en permanence contre l’adversité .

Ceci dit, votre devoir aurait du être de dépasser cette honte potentielle et ces difficultés et de parler au lieu de vous taire pour préserver des intérêts, votre parti ou une carrière, on ne sait pas très bien.

Vous n’avez pas rempli votre devoir. Vous avez trahi vos convictions et l’attente de milliers ou de millions de femmes qui ont souffert et souffrent encore.

C’est inacceptable.

Du moins personnellement je ne l’accepte pas. Je n’accepte pas vos remords et votre montée au créneau trop tardive pour être honnête.

Mesdames, malgré tout, veuillez agréer l’expression de ma considération distinguée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s