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Improbabilisme

Ma copine Marie-Caroline travaille dans la promotion musicale et régulièrement elle me fait le plaisir d’une invitation à des concerts divers et variés. Voire elle me traîne même au bout de la fatigue en m’agitant sous le nez la promesse d’un verre alcoolisé et de musiciens échevelus moulés dans des jeans avantageux. Ce qui me fait hésiter une demi-seconde avant de courir plus vite qu’un lapin Duracell sous amphétamines.

Ce fut le cas hier soir à la Flêche d’Or, rue de Bagnolet, ancienne gare de la petite ceinture parisienne transformée en salle de musique de jeunes. En attendant le passage de Monika, diva funk-disco grecque survoltée, nous avons subi deux groupes très ennuyeux que personne ne voudra plus jamais revoir. Du coup, pour passer le temps, on a taillé la discussion et remonté quelques souvenirs improbables de concerts précédents faits en binôme.

Et on en a en stock des anecdotes. Certaines moins racontables publiquement que d’autres. Comme cette soirée promotionnelle à la Casbah, rue de la Forge Royale où on a vu débarquer un duo néo-disco, le chanteur moulé dans un justaucorps violet scintillant, accompagné au synthé par un hipster totalement fluo. Le chanteur voulait visiblement devenir une disco-queen avec plumes et attitude, genre Sheila période « Spacer » mais c’était tellement mauvais qu’après un moment de sidération totale, on est parties dans un fou rire bruyant et incompressible au grand désagrément de nos voisins.

Ou encore ce festival où on avait réservé une chambre d’hôte tenue par un sosie de Laura Ingalls mais  version soixantenaire qui avait mis des citations bibliques et des croix partout et tenait absolument à nous raconter sa vie avant de tenter de devenir notre amie et nous suivre partout. Le retour du festival vers la chambre d’hôte en pleine nuit sur une route de campagne et sous la pluie avec quelques grammes dans le sang et en tentant de ne pas réveiller Laura Ingalls qui nous aurait fait tomber la foudre divine sur le dos a été aussi assez mythique.

Ou encore ce moment culte, où, assistant à un concert du divin Ibrahim Maalouf tout en rêve et en légèreté au Trianon, Marie me dit « il faut absolument que je passe au Divan du Monde voir un groupe, on y va 10 minutes et on revient ». Arrivée devant le Divan on voit une meute de punks à chiens étalés sur le trottoir, qu’on enjambe pour rentrer, le gars de l’accueil ne nous trouve pas sur sa liste, mais en insistant, il nous laisse passer. On se retrouve dans un revival de 1978 . Après un épisode surréaliste au toilettes où une punkette explique à Marie comment éviter la queue aux toilettes des filles en allant chez les hommes avec démonstration sur la façon de pisser debout, on se retrouve dans la fosse face à un sosie de Billy Idol braillant dans son micro que la terre allait mourir demain. Tout ça en talons et sacs à mains au milieu de crêtes pogotant dans tous les sens et qui n’avait visiblement pas fumé que de la tisane. On ressort et Marie me dit « je ne comprends pas, c’est pas le groupe que je devais voir ». Elle regarde son agenda et découvre que le groupe en question devait passer…. La semaine suivante. On a refait le boulevard dans l’autre sens, hilares avec tous les roumains qui traînent dans le coin qui nous draguaient à coup de « cholie madame, tu vienche ? »

Hier soir restera aussi assez culte. Monika étant enfin arrivée, elle commence son set sous les cris d’une foule survoltée. Au passage, cette chanteuse est une vraie découverte live avec une voix chaude et une présence scénique incroyable. Son disco-funk  est un vrai plaisir, se déguste sans modération et te fais danser sous la scène sans retenue. A revoir sans hésitation dans un concert plus long. Elle a déjà visiblement un statut d’icone et des fans assez survoltés. Tellement survoltés qu’ils se lâchent un peu en te hurlant dans l’oreille « Monikaaaaaaaaa » et en te piétinant au passage. Une fois, deux fois, trois fois, eeeet faut pas trop bousculer Manu. Je me retourne vers la personne très éméchée et expansive en lui disant moyennement aimablement d’arrêter de me piétiner. Moyennement aimablement étant un euphemisme. Me voyant monter dans les tours, Marie s’interpose pour m’éviter soit de me faire prendre à parti, soit que la situation dégénère et que ma main parte dans la figure de madame distinguée.

Qui a quand même réussi à nous fatiguer et à nous faire perdre l’usage de l’oreille droite à force de crier dedans. On a relâché la pression en partant finalement un peu avant la fin du concert, pour finir écroulée sous un arrêt de bus à raconter des horreurs en gloussant comme des collégiennes.

Je suis montée dans le bus en me disant « ma pauvre fille, mais quel âge as-tu? » . Et en pensant juste après « on s’en fout, c’est trop bien ».

Voilà, on s’en fout, c’est trop bien.

Vive nous.

Photo (c) Emma Peel

 

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